[Actualité artistique]

La lettre hebdomadaire de Jean-Luc Chalumeau, critique et professeur d’histoire de l’art

Franta, un profond témoin de son temps

Airial Galerie à Mimizan dans les Landes présente des peintures et sculptures de Franta jusqu’au 24 août : encore une exposition de l’été à ne pas manquer.

Exposition Franta à la Airial galerie
Vue de l’exposition avec une sculpture de Franta : Jimmy

L’œuvre de Franta évolue depuis un demi-siècle entre deux pôles : la vie, d’une part, avec par exemple le thème des maternités, et la mort, d’autre part avec en particulier une œuvre majeure, aujourd’hui au musée de Nagoya (Japon) : Pour le souvenir – Témoin (1994) qui évoque des charniers.

Franta, témoin direct des principaux drames du XXe siècle, me semble avoir conduit sa quête picturale non loin de la méditation d’une Hannah Arendt constatant que le IIIe Reich détestait l’humanité en général et l’apparition d’un enfant en particulier, puisque l’humanité était selon lui viciée à la racine et que, le peuple juif en étant la cause, il importait d’en programmer la disparition pour régénérer l’espèce humaine.

Contre tous les responsables des charniers de notre temps, Franta, comme Arendt, affirme que la seule réponse à leur opposer réside dans la vie d’un enfant et donc dans sa naissance. « Chaque fin dans l’Histoire contient un nouveau commencement », écrivait la philosophe allemande en écho à Saint Augustin (« l’homme a été créé pour qu’il y ait un commencement »), en ajoutant que « ce commencement est garanti par chaque nouvelle naissance. Il est en vérité dans chaque homme. »

Cette idée est métaphoriquement inscrite dans chaque tableau de Franta en tant qu’il est animé par le jaillissement de la peinture, c’est-à-dire par la vie de la création. L’expressionnisme de Franta manifeste ainsi la présence de la vie, même dans les œuvres dont le sujet apparent est la mort. La maternité triomphe des charniers : la peinture de Franta ne cesse jamais d’être un commencement.

Il n’est peut-être pas inutile de préciser ici quelle fut l’origine de ma relation à l’œuvre de Franta. En janvier 1974, dans le même numéro de la revue Opus international, Pierre Gaudibert publiait un article sur Franta, et moi-même un autre sur Velickovic. Gaudibert écrivait de l’artiste tchèque : « Franta poursuit une des démarches les plus significatives des arts plastiques dans le milieu du XXe siècle : celle de l’anonymat organique opposé à la tradition du portrait de l’individualité humaine. » Et, comme en écho, on trouvait dans mon texte la question suivante à propos du peintre yougoslave : « Et si aujourd’hui, comme réalité épaisse et première, comme objet difficile et sujet souverain de toute connaissance, l’homme était en train de disparaître ? » C’était une coïncidence, et sans doute davantage : une convergence d’analyse par deux auteurs (qui ne s’étaient nullement concertés) à propos de la peinture d’artistes de la Nouvelle figuration, tous deux porteurs de questionnements plastiques fondamentaux sur ce qu’il en était de la condition humaine.

On devine que Franta et moi avons aussitôt cherché à faire connaissance. Notre première rencontre eut lieu quelques semaines plus tard, et voici donc maintenant quarante cinq ans que j’observe l’œuvre de Franta, que je l’admire et que je cherche à la comprendre. Nous sommes parvenus à l’heure des bilans dont l’exposition de la Airial Galerie est un exemple.

Exposition Franta à la Airial galerie
Échange

Dans les années 80, Franta a découvert l’Afrique, ses déserts et ses peuples ayant conservé une sorte de pureté originelle. « J’ai dû réapprendre à voir et regarder le monde extérieur, a-t-il dit à propos des premières expériences africaines. »

Trois palmiers

Cette expérience a quelque peu adouci ses thèmes de la dernière période (mais tout est relatif : des chiens furieux, tous crocs dehors, traversent aussi les travaux récents). De toute façon, si Franta est bien un profond témoin de son temps, il est aussi et surtout un peintre, un peintre trop rarement analysé en tant que tel, dont l’œuvre dans son extension de plusieurs décennies est maintenant assez riche, variée et aboutie, pour justifier une approche principalement esthétique. Il y a bien une profondeur de l’objet esthétique chez Franta, cette « peinture du commencement », qui établit des relations spécifiques avec celui qui le perçoit.

Oeuvre de Franta exposée à la Airial galerie
Étude pour le tableau Rage intitulée : Chiens

L’exposition de cet été contribue à cette prise de conscience nécessaire de la présence parmi nous d’un très grand artiste.

www.airialgalerie.fr

Jean-Luc Chalumeau, critique d'art et professeur
Jean-Luc Chalumeau
Critique et professeur d’histoire de l’art
verso.sarl@wanadoo.fr

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Exposition Franta à la Airial galerie
Vue de l’exposition Franta à la Airial galerie à Mimizan
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