[Marché de l’Art]

Par Geoffroy ADER, expert en montres et horlogerie de collection

Tout semblait écrit d’avance ; on ne parlait la semaine dernière à Londres que de la magnifique vente Christie’s, et pourtant rien ne s’est passé comme prévu. Un seul nom est depuis sur toutes les lèvres : Banksy !

Sur place pendant cette folle semaine, ayant également ressenti cette effervescence, il a fallu que je sois de retour à Paris pour être envahi via les réseaux sociaux par le phénomène Banksy et cette vente de Sotheby’s qui nous a littéralement « banksysés ». Cet anglicisme sera peut-être un jour débattu par les immortels de l’Académie française ; revenons en attendant sur le roi du street-art, qui continue à révolutionner le marché de l’art par son audace et sa vision décalée de notre monde merveilleux des enchères.

« Let’s move on » : par ces mots le commissaire-priseur star de Sotheby’s, Oliver Barker, aura su donner le tempo à une salle ébahie par l’autodestruction en live du tableau Girl with balloon de Banksy, venant d’être adjugé pour 1,2 million de dollars.

Une parfaite démonstration de la puissance du digital dans l’art

Ce soir-là tous les grands noms du marché étaient pourtant présents, de Cy Twombly à Roy Liechstenstein, mais c’est bien Banksy qui l’emporte haut la main, réussissant un véritable coup de maître, que l’on peut considérer comme une étape importante dans cette transformation du marché de l’art vers le règne tout puissant du média digital.

Les ventes aux enchères ne sont plus seulement cet indicateur de marché mais également une vitrine de la force du digital dans l’art. Il n’est plus un événement sur la planète art qui ne soit relayé par un téléphone portable, en témoigne cette nuée de smartphones levés lors de ce que l’on peut qualifier de happening chez Sotheby’s vendredi dernier.

Il suffit, pour réaliser l’ampleur du phénomène, de consulter le compte Instagram de Banksy, qui comptabilise à ce jour plus de 11 millions de vues (et plus de 89 000 likes !) de la seule vidéo postée en guise d’explication du mécanisme imaginé par l’artiste urbain pour la destruction de son œuvre en direct. Oui, plus de 11 millions de vues et 89 000 likes pour une publication Instagram, en à peine trois jours !

Le show business des enchères, sublimé par le digital

Banksy a réussi à démontrer que le marché des enchères est plus que jamais devenu une affaire de « show business » et je pense qu’il a raison !

Connivence ou pas, peu importe : « the show must go on ». L’artiste star de l’art urbain a tout compris des transformations en train de s’opérer sur le marché de l’art, avec une scène des enchères se muant en véritable show sublimé par le digital.

Il y aura un avant et après Sotheby’s qui « banksyse » le marché de l’art : ce soir-là la planète enchères a trouvé son maître, qui a démontré avec brio que l’œuvre d’art n’est rien sans le pouvoir médiatique qui l’accompagne. Cet acte de « malveillance » aura même évidemment profité à l’œuvre en question qui, selon certains spécialistes, a doublé de valeur et est en passe de devenir l’icône des enchères de l’année.

Chose intéressante : un artiste, Pascal Saint-Philippe, poste quelques heures après la vente « Banksy is a robber » sur Instagram, en revendiquant la paternité de l’autodestruction d’une œuvre avec une cisaille. Vrai ou pas, le grand public ne retiendra que Banksy, passant à la postérité en récupérant à son compte le procédé et en confortant ainsi sa stature d’icône du monde de l’art contemporain, bien au-delà du monde du street-art.

Bienvenue dans un monde de consommateurs d’art

En outre, l’œuvre de Banksy a fait son coup d’éclat non pas sur le prix qu’elle a atteint au marteau, mais par son autodestruction, devenue sa marque de fabrique : nous ne sommes plus dans un monde de collectionneurs comme jadis, mais désormais dans un monde de consommateurs de l’art.

Le street-artiste a ainsi mis en avant toutes les évidences de notre marché de l’art qui confère le plus souvent une véritable identité à une œuvre par la marque plutôt que par l’artiste lui-même, ce qui rend une fois de plus le marché ouvert à toutes sortes de spéculations de la part des acheteurs. Le Salvatore Mundi est devenu une marque, Leonard de Vinci également mais ce record du monde absolu chez Christie’s en novembre dernier a démontré de la même façon que le « show must go on » dans le monde des enchères.

Combien vaut la marque Banksy au travers de ce tableau partiellement détruit ? Sans doute beaucoup plus du fait de ce happening qui lui a conféré son caractère unique, par son autodestruction mais surtout par le spectacle qu’il a occasionné, relayé sur tous les réseaux sociaux et médias en tous genres.

Achetez de l’art mais collectionnez autrement ! Tel est le message de Banksy qui nous démontre que la conduite de notre monde n’est plus en réalité mue que par les émotions humaines, l’argent n’étant qu’un accessoire.

Le génie de Banksy est de nous mettre devant toutes nos contradictions et surtout de dire que nous sommes entrés dans un monde où tout se construit sur le paraître et non l’être ; son acte renforce encore le mérite des enchères, qui consiste à créer un « show médiatique » souvent plus fort que l’œuvre d’art en elle-même.

Pour reprendre les mots de Banksy dans l’une de ses œuvres représentant une scène de vente aux enchères : « I can’t believe you morons actually buy this shit ». Je vous laisse imaginer la suite de l’histoire, qui ne fait que commencer, avec l’appui du digital donnant un écho supplémentaire à cet artiste au visage inconnu. The show must go on…

Geoffroy Ader et Guillaume Horen
Geoffroy Ader, expert et Guillaume Horen, fondateur Achetez de l’Art – Photo © Olivier Vinot

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