L’interview du commissaire général d’Art Paris Art Fair 2017

À quelques semaines de l’édition 2017 d’Art Paris Art Fair, nous nous sommes entretenus avec Guillaume Piens.

Bonjour Guillaume, pourriez-vous pour commencer nous parler de vous, en quelques mots ? Vous êtes commissaire général d’Art Paris Art Fair depuis 2011…

Oui, j’ai une formation d’historien de l’art ; j’ai pas mal été à l’étranger et suis revenu en 2000 pour travailler à la FIAC jusqu’en 2006, et entre temps j’ai aussi travaillé à partir de 2003 pour Paris Photo, jusqu’en 2011 ; j’en suis parti comme commissaire général, et j’ai repris la direction d’Art Paris Art Fair au printemps.

Pour quelles raisons Art Paris Art Fair est devenu un événement incontournable du printemps sur la scène contemporaine ?

Parce qu’on a fait un travail depuis 2012 – cela fait déjà plus de 5 ans – de repositionnement de la foire.

Art Paris, toujours à de très bonnes dates au printemps, est un moment important avec l’automne – les deux moments importants à Paris – et le Grand Palais est un lieu unique, extraordinaire ; mais on trouvait que la verrière ne suffit pas, c’est bien d’avoir aussi une histoire à raconter. Et depuis 5 ans l’idée était de regarder vers l’Est, de se positionner comme une foire de découverte, une foire qui défriche, qui n’est pas vraiment une foire de consécration mais plutôt une foire qui explore, dans des directions comme la Russie, la Chine, l’Asie du Sud-Est, l’année dernière c’était la Corée, le dernier volet d’ailleurs de cette marche vers l’Est. Et en 2017 nous abordons les rivages de l’Afrique.

En quoi consistera justement ce focus sur la création africaine en 2017 ?

Une vingtaine de galeries font partie du focus, venant du continent, surtout, et d’Europe – des galeries qui sont spécialisées sur la scène africaine mais qui opèrent d’Europe – et d’autres galeries occidentales se sont également alignées sur ce thème ; cela fait donc une grosse présence d’artistes africains, plus de 70 artistes africains. C’est effectivement l’élément central ; les galeries du focus ne sont d’ailleurs pas regroupées mais réparties dans les différents secteurs de la foire, à part égale.

Parlons du marché de l’art : comment le voyez-vous à l’heure actuelle, comment voyez-vous son avenir ?

Ce qui est gênant aujourd’hui c’est qu’il y a ces autoroutes de l’art ; ces gens qui sont dans le marché de l’art pour de mauvaises raisons, d’ordre spéculatif. On a l’impression qu’il y a 500 noms dont on parle et qui sont toujours le top ; cette simplification est aussi appuyée par les médias, c’est très réducteur en fait.

C’est important aussi aujourd’hui de revendiquer finalement l’achat d’oeuvres comme passion, comme désir. Le fait d’inviter l’Afrique par exemple, c’est ouvrir cette fenêtre sur d’autres mondes et ça c’est très important à mon avis, de continuer à exister de cette manière-là.

Internet et les réseaux sociaux sont devenus essentiels pour la diffusion du marché de l’art. Comment Art Paris Art Fair s’adresse-t-elle aux générations connectées ?

Nous sommes très sensibles à cette question-là parce qu’on se veut – et c’est aussi notre différence avec d’autres événements à l’automne – on se veut aussi très accessibles et très pédagogiques.

Il y a un travail qui est fait au niveau de notre site pour donner le maximum d’informations. On a surtout une rubrique « oeuvres » qui permet à l’internaute de faire toute sa sélection par ordre de prix, parce qu’on a constaté que pour les amateurs ou pour les jeunes collectionneurs, il y a cette peur du seuil, j’allais dire, de franchir le pas d’une galerie de dire « combien ça coûte ? » Cette question est toujours compliquée pour quelqu’un qui manque d’assurance. C’est un peu comme avec les hôtels de luxe, ça s’appelle « phase of fear » ; c’est exactement le même concept.

Pour nous, l’idée est de donner ces éléments d’information qui permettent à des gens de dire au galeriste « J’ai vu que vous aviez une œuvre autour de… » et de commencer une discussion. On produit également des flyers pour les galeristes, pour que les gens puissent partir avec de l’information lorsqu’ils visitent un stand et c’est vraiment important d’avoir cet aspect pédagogique.

On travaille aussi avec l’Observatoire de l’Art Contemporain pour faire des visites décryptées ; c’est très important car c’est vraiment une façon d’amener les gens vers ce qu’ils ne connaissent pas, parce que dans une foire on va toujours vers ce que l’on connaît ; c’est important d’avoir ce type d’initiative.

Pour nous les réseaux sociaux sont une priorité, on y est très actifs, pour justement amener des gens qui sont des amateurs ou de jeunes collectionneurs à acheter.

On oblige les galeries à mettre toute l’information concernant les œuvres, les prix. Je suis absolument contre cette mode de ne mettre aucune information sur ce qu’on est en train de vendre. Parce qu’on est une foire, les galeristes vendent des œuvres d’art et il faut avoir cette transparence vis-à-vis du public, et c’est du respect aussi. Il y a tout cet aspect-là dans le marché de l’art qui m’irrite énormément, de voir qu’on ne met pas le nom, on ne met plus qu’un nom, et si les gens posent une question on leur répond « ce n’est pas pour vous ». Nous c’est tout le contraire.

C’est une des raisons pour lesquelles nous sommes très fiers d’être partenaires d’Art paris Art Fair ! Dernière question : pourquoi acheter de l’art contemporain aujourd’hui et quels conseils donneriez-vous, notamment aux jeunes générations ?

L’achat d’oeuvres d’art, c’est une passion. C’est quelque chose qui vient enrichir, c’est toute une aventure. Je pense qu’il y aura toujours des collectionneurs. D’ailleurs souvent mes découvertes viennent de galeristes qui m’ont tenu par la main, m’ont enseigné, m’ont effectivement fait changer mon regard sur une œuvre, que j’ai fini par aimer et acheter. C’est très important de rester dans ce rapport avec le galeriste. Ils font un travail essentiel.

Merci Guillaume Piens ; on se retrouve à la fin du mois de mars, du 30 mars au 2 avril sur cet événement incontournable, Art Paris Art Fair.

Avec plaisir cher Guillaume !

 

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